Mon parcours d’installation

Du rêve de devenir éleveur à la concrétisation de l’installation

Depuis ce déclic où je me suis vu en présence d’un taureau charolais, mon installation en tant qu’agriculteur sur la ferme familiale était devenue évidente. L’idée d’élever “la belle aux yeux noirs” m’enthousiasmait au plus haut point.

Le collège :

Jusqu’à ce cours de maths de 4ème qui changea ma vie, le fait d’aller à l’école était une véritable corvée. Le temps passait à la vitesse d’un escargot escaladant la face nord de la Tour Eiffel à reculons!
Après cet évènement ce fut tout autre chose ! Je savais enfin dans quelle direction et vers quelle destination me diriger!
J’étais fier, motivé. J’avais trouvé ma voie.

L’aventure commence :

Le Lycée agricole de La Roque aux portes de Rodez avait subi des aménagements récents, c’était un lycée à l’allure moderne qui conservait toutefois un certain cachet grâce à des bâtisses anciennes servant de dortoirs aux pensionnaires, ainsi que de salles de réunion.
Une exploitation attenante, servait de support aux professeurs des matières techniques (phytotechnie, zootechnie). Chaque élève de seconde se devait de passer une semaine sur la ferme pendant l’année scolaire. De cette manière il acquérait une expérience concrète de ce qui était enseigné et avait la possibilité d’établir un rapport humain avec les salariés de l’exploitation.

Mes 3 années dans cet établissement furent des plus agréables. J’étais pensionnaire la semaine, ce qui me donna l’occasion de nouer des liens plus étroits avec certains élèves. En classe de terminale, le mercredi après-midi, alors que nous n’avions pas cours, une escapade était prévue. Nous étions une petite bande de 5 ou 6 bons amis et un jour l’un de nous lança l’idée de faire visiter chacun à notre tour, notre exploitation. Et le mercredi suivant nous partions à l’aventure sur les routes de l’Aveyron à destination de la première ferme.
Enfin les épreuves du BTA (brevet de technicien agricole, équivalent d’un bac avec quelques matières spécialisées en plus) arrivèrent, je l’obtins avec mention AB (assez bien).Certains professeurs me conseillèrent de faire un BTS (brevet de technicien supérieur : 2 ans après le BAC).
Ce que je ne fis pas. Je n’avais qu’une idée en tête : retourner dans mon petit village sur l’Aubrac et y élever mes vaches. Je sortis définitivement de l’école en juillet 1996.

A l’automne je pris le statut d’aide familial, je ne percevais pas de salaire mais en contrepartie un salaire différé était calculé par année d’exercice. J’eus ce statut jusqu’à la date de mon installation effective le 05 Janvier 2003.

Entretemps, afin de pouvoir prétendre à la DJA (dotation jeune agriculteur), j’effectuais 6 mois de stage sur 2 exploitations différentes et un SPI (stage préparatoire à l’installation) de 40 heures.

Ma première partie de stage :

L’image du taureau de race charolaise apparue quand j’étais plus jeune, était toujours présente dans mon esprit. C’est pourquoi je décidai de faire 3 mois de stage dans la zone du charolais, plus précisément en Saône et Loire tout près de la petite ville de Charolles. C’était en 1999, la période de mon stage s’étalant du 15 Septembre au 15 Décembre. Je fus accueilli dans un GAEC père-fils qui comptait environ 180 hectares et un peu plus de 100 vaches, de race charolaise cela va de soi.
A première vue ces gens-là étaient travailleurs, de plus l’exploitation était imposante. Des doutes envahissaient mon esprit, serai-je à la hauteur ?
Et ma première impression était la bonne! Le travail était intensif, ils ne prenaient pas des “stagiaires 6 mois” pour rien dans cette région !

Programme d’une journée type en automne :

Le matin, de 7H15 à 10H, était destiné au soin aux animaux.
De 10H à 10H30, une pause petit-déjeuner nous attendait chez les parents. Fromage et charcuterie principalement composaient le menu. Au début de mon stage j’eus un peu de mal à me faire à cette “tradition”. Mais le travail aidant, mon estomac s’habitua assez vite à ce petit encas indispensable pour tenir jusqu’à 13H.
La fin de matinée était fréquemment réservée au bétail. Mais cette fois-ci à changer de pâture, trier, peser, tondre, traiter, dresser aussi car c’était un élevage sélectionneur coutumier des concours et autres foires. L’après-midi démarrait vers 14H15 pour finir à 20H, elle était réservé aux gros travaux : clôtures, aménagement des bâtiments, entretien des prairies, épandage des fumiers etc… .
L’entretien des haies qui compose le bocage charolais est une grosse charge de travail pour les exploitations de cette région. Pour mon maître de stage, 3 semaines furent nécessaire pour en venir à bout.

Le côté “amélioration génétique, vente de reproducteurs” réalisé sur cette exploitation m’avait plu. Je décidai d’orienter à mon tour la ferme familiale où j’allais m’installer vers cette production. Par contre je devrais être patient. Contrairement à l’exploitation où j’avais fait mon stage, des progrès très importants étaient à faire. Je débutais juste la sélection et n’en récolterai pas les fruits avant une vingtaine d’années !

Mon second stage :

Mes 3 mois de stage restants, je les fis en Lozère chez un éleveur-sélectionneur en race Aubrac. Pourquoi en sélection Aubrac ? Voyons, vous avez pourtant suivi jusqu’à maintenant, n’est-ce pas ?
Et bien oui, ma passion c’est l’Aubrac et si en même temps je peux étudier l’amélioration génétique, je ne vais pas m’en priver !
C’est 2 ans plus tard, en 2001, que je démarrai ce stage en Lozère. Durant la même période que le stage précédent à quelques jours près, du 1er Septembre au 1er Décembre.
C’était une exploitation à peu près équivalente à la précédente en surface et nombre de vaches, mais la stratégie de commercialisation différait.
En charolais, le commerce de mâles reproducteurs est un très gros débouché du fait des effectifs (1,6 Million de vaches) et de l’existence du croisement avec les races rustiques. Alors qu’en Aubrac c’est plutôt la vente de génisses de renouvellement qui est privilégié (en effet le nombre de mères est presque 10 fois moindre par rapport à la charolaise : 200 000).
Il y avait par contre un atelier engraissement avec la production de génisses fleur d’Aubrac. Ce sont des génisses de père charolais et de mère Aubrac, engraissées selon un cahier des charges spécifique, destinées à la boucherie et abattues entre 24 et 42 mois. Au moment où j’ai fait mon stage, cette exploitation était gérée par 2 associés. Le propriétaire de la ferme et un voisin. J’ai été admirablement accueilli. Et bien que là aussi je ne m’ennuyais pas, l’ambiance était plus détendue.
C’est là aussi que j’appris à labourer! Pour commencer, une petite parcelle d’un hectare avec une charrue 2 socs réversible! Pardonnez du peu! J’étais tout de même très fier d’avoir réussi à trouver les bons réglages pour mener à bien cette opération commando ! (j’exagère peut-être un tout petit peu).

Durant l’année 2002 : le SPI

Qu’est ce que c’est que cette bête me direz-vous ?
Je vais vous le dire mais d’abord vous devez savoir que la formule SPI est spécifique au département dans lequel on le réalise.
Dans mon cas je l’ai effectué avec l’appui du CDANA (comité de développement agricole du Nord-Aveyron), une antenne de la chambre d’agriculture de l’Aveyron.
Nous étions une vingtaine cette année-là à faire ce stage. Il se déclinait en 3 axes :

1-plusieurs journées d’information avec les principaux organismes gravitant autour du monde agricole (MSA, Crédit Agricole, Centre des Impôts, Office de gestion, chambre d’agriculture)

2-visite de 2 exploitations à production plutôt originale pour la région :
– Un élevage d’autruches destiné à la consommation de viande
– Un élevage de bufflonnes laitières pour la fabrication de mozzarella italienne
Nous avons aussi visité une exploitation afin de connaître, ou approfondir pour les initiés, le système de clôture à fil lisse électrifié.

3- et enfin la grosse part du gâteau :
Une étude chiffrée visant à améliorer ou repenser le système de production existant pour chaque stagiaire de la formation. Ceci afin de s’assurer du du niveau du revenu qui sera dégagé par l’exploitation et permettre de toucher la subvention à l’installation : la “DJA” (Dotation Jeunes Agriculteurs”, et obtenir des prêts bonifiés dits “prêts jeunes agriculteurs”.

Des expériences inoubliables !

Globalement, cette formation m’ a beaucoup apporté pour mon installation. J’ai découvert 2 façons de gérer une exploitation agricole spécialisé en élevage bovin. Toutes les 2 se sont révélées rentables et très enrichissantes. J’ai eu l’opportunité de connaître des éleveurs passionnés par leur métier et avec la volonté de transmettre ce qu’ils savaient.

Maintenant pour terminer, voici à mon sens les 6 points importants pour bien démarrer dans l’agriculture !

6 points indispensables pour une installation réussie !

1- D’abord, avoir une idée précise de la production dans laquelle vous voulez vous lancer.
2- Puis savoir si cette production nécessite du terrain, avez-vous déjà une exploitation en vue ?
3- Ensuite la chambre d’agriculture va vous aider, par l’intermédiaire de 2 conseillers spécialisés, à réaliser un plan de professionnalisation personnalisé (PPP).
4- Vous chiffrerez alors votre projet.
5- Contacter la MSA est indispensable (mutualité sociale agricole : régime de protection sociale pour les agriculteurs), ainsi que demander aux organismes concernés les aides auxquelles vous avez droit et obtenir l’autorisation d’exploiter.
6- Et enfin, pendant et après votre installation, demander conseil, continuer à vous former, prendre un comptable si c’est nécessaire. L’avis d’un juriste pour certains problèmes de succession, de baux, etc… peut être d’un grand secours.

Quoi qu’il en soit, si vous ne savez pas à qui vous adresser dès qu’un problème survient, ayez le réflexe “chambre d’agriculture”, ils sont là pour ça! Bon, si l’élevage des Marsupilamis est votre passion, c’est peut-être vous qui les formerez !

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