Le vêlage

Ivoire et sa génisse Aubrac fraîchement vélée

Sur l’Aubrac, il est une période dans l’année, attendue pour certains et redoutée pour d’autres, mais toujours importante, la période des vêlages !

Dans un passé pas si lointain que cela, les vaches donnaient naissance à leurs petits veaux uniquement en étable entravée. Par conséquent pour la grosse majorité des exploitations sinon la presque totalité (les exceptions existent aussi dans ce domaine), les mises bas avaient lieu l’hiver de Février à Avril. En effet la période de reproduction ne pouvait commencer qu’au retour des beaux jours (fin Avril-début Mai sur l’Aubrac) au moment où le temps permettait à l’éleveur de rendre un peu de liberté à ses vaches, impatientes de goûter aux premières pousses d’herbe bien fraîches du printemps.

Malgré le fait que vous ayez fait le calcul vous-même, je précise que la durée de gestation d’une vache est d’environ 9 mois. Le taureau, l’alimentation, l’état de la vache, peuvent jouer sur cette durée de gestation. Le fait qu’elle ait ou non plusieurs veaux à faire naître jouera aussi. Une vache qui va faire des jumeaux aura souvent une durée de gestation plus courte qu’une autre qui fera un gros mâle bien gras qui sera resté 10 jours de plus dans le ventre de sa maman et lui aura “pompé” toutes ses réserves de graisse !

La préparation au vêlage

1 mois et demi à 2 mois avant la date présumée de vêlage l’on pensera à combler les besoins en vitamines (A,D3 et E) et minéraux de la vache. En effet certains oligo-éléments comme le Sélénium et le Cuivre ne seront pas présents dans le colostrum au moment du vêlage, il faut donc que le foetus les ait absorbés pendant la gestation ! Un apport de chlorure de magnésium une dizaine de jours avant la mise-bas est aussi recommandé (acidification du sang, tonicité au vêlage, développement de l’immunité amélioré, délivrances après vêlage facilité).

Le jour J

Petit veau va enfin montrer le bout de son nez mais avant, quelques signes vont nous faire dire que Maman vache se prépare à expulser son rejeton hors de son utérus. 3 semaines à 15 jours avant le vêlage, la température corporelle de celle-ci se situe entre 39°C et 40.5°C. Puis brusquement, 24H avant le moment fatidique, sa température va chuter d’environ 1 degré. Dans le même laps de temps le ligament que l’on peut toucher de part et d’autre de la queue va “se couper”, le Col de l’Utérus est en train de se dilater. Maman vache va se montrer de plus en plus anxieuse et les premières contractions vont faire leur apparition. D’après mon expérience, elles vont durer entre 3 et 5 heures quand le veau arrive en position normale (par devant : pattes de devant allongées avec tête au dessus, ou par derrière : avec les pattes arrières allongées, jarrets dessus,  suivi des cuisses et de la queue bien dépliée).

Mon expérience :

Je me rappelle de la première vache que j’ai surveillée, j’avais 12-13 ans. Elle s’appelait Gentille c’était une vache croisée, père charolais-mère Aubrac. C’était par une belle après midi ensoleillée et chaude pour la saison. Je faisais le va et vient dans l’étable, patiemment. Au bout d’un moment j’ai quand même ressenti le besoin de m’assoir. Alors je suis allé chercher une belle chaise verte en plastique de salon de jardin. Et j’ai attendu. A l’époque je n’avais pas de téléphone portable ni d’ordinateur mais j’étais beaucoup plus patient que maintenant ! Puis enfin au bout de 5 longues heures, la “boule” des eaux est apparue, deux petits sabots jaunes à l’intérieur arrivaient en même temps. Petit à petit, effort après effort, Gentille faisait son veau. Régulièrement, contraction après contraction il avançait. D’abord le bout des pattes avant, le museau arrivait à son tour, la tête passait. Le corps suivit et enfin les cuisses bien développées qui augurent d’un veau présentant une bonne conformation. Gentille a donc fait son petit toute seule ! J’étais soulagé mais aussi fier d’avoir surveillé et assisté à mon premier vêlage.

Risques pour l’éleveur lors du vêlage :

Dans le cas décrit ci-dessus la vache a vêlé en étable entravée attachée à sa place. Si jamais il m’avait fallu intervenir, j’aurais dû être attentif aux coups de pied qu’elle aurait pu m’envoyer et aux réactions des voisines pendant le vêlage.

En revanche il est de plus en plus fréquent qu’on place les vaches dans des “parcs de vêlage” avant que ne se déclenche la mise-bas. Les futures mamans ainsi isolées peuvent se préparer au vêlage sans être embêtées par leurs congénères. L’éleveur peut aussi surveiller sa vache plus facilement et intervenir si besoin. Néanmoins en cas d’intervention, il faudra bien s’assurer que vous puissiez travailler en sécurité. Si vous avez besoin d’aider la vache à mettre au monde son petit, ou le faire téter ensuite, attachez-la d’abord. Les hormones induisant le vêlage peuvent la rendre agressive et développent son instinct maternel. Une fois le veau né, sa mère aura pour premier réflexe de le protéger contre tout intrus se trouvant à proximité ! Et si vous ne vous sentiez pas intrus avant la mise-bas, cela peut quelquefois vite le devenir après !

Quand le veau doit-il téter ?

A cette question n’importe quel éleveur expérimenté va vous répondre “le plus tôt possible !” et il aura raison. L’optimum serait que le veau qui vient de naître, tète 2 à 4 Litres de colostrum dans ses 2 premières heures de vie. Car :

 -les protéines et anticorps contenus dans le colostrum vont progressivement devenir de moins en moins assimilables. Après 6 heures de vie, les anticorps contenus dans le colostrum ne passent plus la paroi de l’intestin du nouveau-né ;

 Petit à petit le veau va s’affaiblir et perdre son réflexe de succion. Il sera alors plus compliqué de l’amener à téter. Si malgré tout, cela vous arrive, une technique simple consiste à traire un peu de colostrum à la vache dans un biberon dont la tétine aura été réchauffée auparavant et lui faire téter. Cela va stimuler son appétit et lui redonner envie de téter immédiatement. Il arrive aussi quelquefois que le vêlage dure trop longtemps et que le veau ait souffert à ce moment là d’un manque d’oxygénation du cerveau. Il n’aura alors aucun réflexe de succion à la naissance. Dans ce cas demander conseil à votre véto., il vous délivrera un produit correspondant à ce type de symptôme. Malgré tout, avoir une trousse à pharmacie contenant l’essentiel pour qu’un vêlage se passe dans de bonnes conditions parait indispensable (gants de fouille, produit destiné à évacuer les glaires lorsque le veau a “bu la tasse”, produit favorisant les premières respirations, et un autre aidant à l’oxygénation du cerveau dans le cas ou le veau serait resté trop longtemps au passage).                                                                                                                                              

Faut-il posséder une véleuse quand on élève des Aubracs ?

Vous ne savez pas quelle est cette machine qu’on appelle véleuse ? Soit je vous félicite, soit je vous blâme ! Je vous féliciterais si jusqu’à aujourd’hui vous n’en avez jamais eu besoin car vos vaches vêlent toutes seules ! Par contre je vous blâmerais si vous avez déjà eu des problèmes de vêlage et qu’il ne vous ai jamais venu à l’idée de demander à votre véto. ou à votre voisin quel était cet outil dont ils se servaient pour sortir le veau quand la seule force de vos bras n’y suffisait pas !

Quoi qu’il en soit, il est impératif de posséder une véleuse dans son étable. Car, même si la race Aubrac est réputée pour ses facilités de vêlage, il arrive quelquefois qu’une vache ait des difficultés à faire son veau. Et ce pour plusieurs raisons. Tout ceci m’amène à évoquer :

les principaux problèmes au moment du vêlage :

  • La torsion de matrice ou torsion utérine
  • Une mauvaise dilatation du col de l’utérus
  • La césarienne
  • Le veau s’engageant dans une mauvaise position

Dans tous les cas cités ci-dessus, il est recommandé à un éleveur débutant de faire appel à son vétérinaire.

Un vêlage ayant eu lieu dans de bonnes conditions permettra au veau naissant de bien démarrer et à sa mère de récupérer plus aisément.

Le métier d’éleveur est quelquefois fatiguant, éprouvant. Mais admirer les premiers pas d’un petit veau, l’aider à téter pour la première fois et ensuite le voir grandir, évoluer, courir dans un pré avec ses congénères ! Toutes ces choses font que nous autres éleveurs sommes fiers d’exercer ce métier qui est aussi une passion pour beaucoup d’entre nous.

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