Faire du croisement en race Aubrac : Une bonne idée ?

Mâle de Helvyn EXC (programme Charolais Excellence) x Mère Aubrac.

Dans l’article précédent nous avons développé l’idée de travailler en race pure. Aujourd’hui nous allons parler croisement.

Petit préambule :

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je vais donner une petite précision : sur mon élevage, le croisement est utilisé uniquement à des fins bouchères. Nous pratiquons le croisement sur des mères de race Aubrac avec des taureaux de race Charolaise.

Aucun animal croisé n’est conservé pour l’élevage. Et je ne le conseille pas. Pour plusieurs raisons :

-Les produits issus de mères croisées Charolais-Aubrac sont de qualité hétérogènes.

-Ils expriment souvent le gène culard et les inconvénients qui vont avec (voir chapitre sur le gène culard dans l’article “Bien choisir son taureau“).

-Du fait de leur croisement avec un père Charolais, ils sont moins rustiques que les Aubrac de race pure et donc moins adaptés au territoire parfois rude de la région Aubrac (aussi bien l’été avec les périodes de sécheresse sur les estives et l’herbage quelquefois de piètre qualité, que l’hiver avec le froid et la neige).

Pourquoi le croisement ?

Globalement, on pratique le croisement sur des races rustiques ou laitières essentiellement pour apporter de la conformation.

En race Aubrac, ce raisonnement est pleinement vrai. Sur cette race le taureau charolais va amener un gain de conformation, de rendement en viande à l’abattage, et donc une valorisation plus importante.

On obtient des veaux issus de ce croisement par voie naturelle (en achetant un taureau charolais), mais aussi par le biais de l’Insémination Artificielle (I.A).

Pour ce qui est de l’I.A, il existe essentiellement deux programmes destinés aux éleveurs désirant pratiquer le croisement sur vache Aubrac :

-Le programme Charolais Excellence : les taureaux disponibles avec ce programme sont exclusivement de race Charolaise. Ils sont testés sur des vaches de race laitières ( Montbéliarde et Prim’Holstein) afin de les évaluer sur plusieurs critères (voir catalogue AURIVA).

-Le programme INRA95 : c‘est le même principe qu’avec le programme Excellence Charolais sauf que les géniteurs sont issus de croisements entre différentes race à viande (Limousine, Blonde d’Aquitaine, Charolais, Rouge des prés, Blanc Bleu Belge et Piémontaise). Globalement ce programme est utilisé en priorité sur les cheptels laitiers car le poids des veaux à la naissance est en moyenne plus élevé qu’avec le programme Charolais Excellence. Néanmoins certains cheptels de vaches Aubrac l’utilisent (catalogue INRA95 2018-2019).

  • On voit aussi quelques élevages croiser leurs vaches Aubrac avec des taureaux de race Blanc Bleu Belge en monte naturelle. Les produits de ce croisement ont la réputation de naître facilement car en moyenne, plus légers que les croisés charolais.

Principal obstacle au développement du croisement en race Aubrac :

Le croisement le plus répandu quand on possède des vaches Aubrac, c’est celui avec un taureau Charolais effectué en monte naturelle. Il va apporter bien souvent à la fois du poids et de la conformation par rapport à un veau de pure race Aubrac. Du moins c’est ce que l’on recherche.

Le principal inconvénient, qui d’ailleurs décourage pas mal d’éleveurs, réside dans le fait que les veaux issus de ce croisement naissent plus lourds que des purs Aubrac. Par conséquent, les vêlages peuvent demander une assistance de la part de l’éleveur et oblige celui-ci à plus de surveillance.

En contrepartie, à l’âge d’un an, ces veaux (mâles) seront payés en moyenne 0.23 Euros de plus au kilo vif (le taureau est pesé et vendu vivant). Cela ne fait pas une différence énorme me direz-vous ? Et bien multipliez ce nombre par 400 kg (poids de l’animal au moment de la vente) et par le nombre de mâles croisés vendus sur une année et vous verrez que vous atteignez rapidement quelques milliers d’Euros par exploitation ! (Tout dépend du nombre de mères que possède l’exploitation !)

Ici, j’ai parlé des veaux mâles. Mais que l’on pratique le croisement ou pas, la nature a toujours fait des mâles et des femelles ! Que l’on naisse homme ou animal, les deux sexes sont toujours représentés ! A quelques exceptions près bien entendu😉(l’escargot …). Ces dernières années, la différence entre femelles Aubracs et femelles Croisées était encore plus grande. De l’ordre de 0.46 à 0.76 Euros/ Kg. Cela vient du fait que les engraisseurs Italiens, nos principaux acheteurs pour les mâles, peinent à trouver un marché à ces génisses Aubracs. C’est nos voisins Espagnols qui se chargent alors de les récupérer, à moindre coût.

Comment définit-on le prix d’une bête ?

Nous avons plusieurs options pour définir le prix d’un animal. Cela va dépendre de sa destination :

  • S’il est destiné à l’exportation pour être fini d’engraisser c’est le poids et le classement en vif (c’est à dire en fonction de la conformation ainsi que son état que l’on appréciera à l’oeil) qui vont déterminer le prix.
  • Si l’animal a été engraissé et part directement à la boucherie, à ce moment là c’est le poids, l’état d’engraissement* ainsi que le classement** de la carcasse qui feront varier son prix.

Les principaux débouchés :

L’Italie est bien sûr le pays où partent le plus grand nombre de broutards français. Là-bas, ils seront finis d’engraisser au maïs. Ce pays achête chaque année plus d’1 Million de broutards, repousses ou bourrets d’herbe.

Depuis quelques années d’autres pays sont entrés en concurrence avec l’Italie. Désormais il faut compter sur la Grêce, le Liban, la Turquie mais aussi quelques pays du Maghreb comme l’Algérie et dans une moindre mesure le Maroc et la Tunisie.

L’Espagne achète des animaux qui représentent peu de capital comme des génisses Aubracs ou des broutards légers (250-350 kg).

En résumé :

Pour conclure je dirais que pour pratiquer le croisement il est essentiel d’axer la sélection de votre cheptel sur l’aptitude au vêlage et les facilités de naissance.

Sur mon exploitation, j’ai choisi de le faire avec des taureaux Charolais, car selon moi, ils représentent le meilleur compromis entre le fait d’avoir des veaux lourds et conformés à la vente tout en ayant peu de problèmes à la naissance (1 césarienne sur 160 vêlages en 2018). La moitié des veaux nés croisés étaient issus du programme Charolais Excellence. Les veaux nés d’insémination sont globalement plus conformés que ceux issus de taureaux de monte naturelle. Par contre ils ont tendance à être moins lourds à la vente car sur ma ferme en tout cas je privilégie les facilités de naissance. Surtout sur les génisses qui vèleront pour la première fois.

L’autre moitié des veaux qui naitront croisés est issue de taureaux de monte naturelle originaire du berceau de la race (Saône et Loire, Allier).

Femelle croisée issue du programme Charolais excellence : Fortune x Mère Aubrac.

*L’état d’engraissement est noté de 1 à 5. “1” étant la note donnée à une bête très maigre, “5” très grasse. Les carcasses les plus fréquemment rencontrées sont classées “3”.

**Le classement d’une carcasse est annoté par 5 lettres : E,U,R,O,P et A. Ces 5 lettres comprennent 3 sous catégories symbolisés dans chaque lettre par les signes +, = et -. “E+” désigne la carcasse la plus conformée et à l’extrême “A-“, une carcasse destinée à la “fabrication” (très peu, voire pas du tout, de viande destiné à la consommation humaine, elle servira à nourrir les animaux domestiques sous forme de pâtée ou croquettes).

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