Comment s’adapter au changement climatique !

Je me suis installé le 05 Janvier 2003. Et c’est précisément cette année là que je connus ma première vraie sécheresse estivale.

En 2003, du 15 juillet au 15 Septembre nous émondions 3 à 4 frênes/jour afin de nourrir une vingtaine de vaches et leur progéniture. Sans oublier Filou, le taureau charolais dédié à ces dames ! Le terrain était sec certes mais il faisait, en plus, une chaleur inhabituelle, la canicule ! Entre 12H et 18H il était très difficile de faire un travail demandant une activité physique soutenue.

Il fallut attendre le week end du 7 Septembre pour voir la fin de cette sécheresse. En 2 jours, il éclata 3 orages qui nous firent gagner entre 120 et 160 millimètres d’eau. L’agriculteur que j’étais se sentait soudain plus serein en voyant cette pluie fine tomber sans discontinuer. Par contre le Président du Foyer Rural de La Terrisse dont j’assumais la fonction, lui , l’étais moins, car ce week end là se déroulait notre fête de village ! Inutile de vous dire que ce ne fût pas l’affluence que nous avions prévue ! Malgré cela le bonheur se lisait sur les visages des habitants de ce bourg ( en grosse majorité des Agriculteurs ) soulagés de voir qu’ENFIN, le ciel était de leur côté.

S’ensuivit un bel automne qui permit aux vaches de brouter de l’herbe jusqu’aux environs de Noël.

Depuis, les sécheresses estivales se font de plus en plus fréquentes. La dernière en date est celle de cet été ( 2018 ) qui a commencé au 1er Juillet dans notre région et qui dure. Aucune pluie significative n’a été constaté jusqu’à aujourd’hui ( 25 Octobre ).

L’autonomie : La clef pour s’adapter :

Plus votre système d’exploitation sera autonome et plus facilement vous pourrez vous adapter au changement climatique !

1-Moins d’animaux :

Avoir un nombre de bêtes maîtrisé en rapport avec sa surface sur son exploitation  permet plusieurs choses :

-Economiser l’herbe au printemps, moins faire déprimer ( pâturage rapide avant la première coupe ) et peut-être épargner quelques hectares qui seront exclusivement destinés à faire des réserves pour l’hiver.

-des charges d’alimentation et vétérinaires allégées

-des besoins en engrais plus faible

-des estives qui n’auront plus lieu d’être

-des heures de travail libérées pour éventuellement développer la vente en circuit court.

En effet, pour avoir un chiffre d’affaire équivalent voir supérieur effectué avec moins de vaches, une plue-value par bête vendue sera nécessaire. Même si nous l’avons vu plus haut certaines charges opérationnelles ( liées à la production ) diminueront sensiblement.

2-Comment vendre plus cher ?

Une façon de mieux valoriser ses bêtes passe par les circuits courts comme la vente directe. Avec ce système, c’est vous qui fixez le prix du kilo de viande. Vous contrôlez ainsi la marge dégagée pour chaque animal vendu.

Une autre façon consiste à vendre un produit en filière qualité ( Label Rouge, IGP, BIO, AOC* ).

Là aussi il faudra étudier les avantages et inconvénients de ces démarches. Je vais prendre l’exemple du Label Rouge Boeuf Fermier Aubrac qui permet de valoriser des vaches de race Aubrac âgées de 30 à 120 mois. Certaines conditions du cahier des charges feront que des exploitations ne pourront adhérer au système ou qu’il ne sera pas rentable pour elles ( lieu d’abattage agrée trop éloigné du siège d’exploitation, finition des animaux avec rations composées de maïs, poids de carcasse trop faibles, conditions d’élevage ).

Néanmoins la plupart des élevages français trouveront une filière qualité adapté à leur système de production.

3-Des bâtiments adaptés :

Selon les zones de production , certains types de bâtiments seront plus adaptés que d’autre. Il faudra désormais se poser la question de la paille. Pour les bâtiments éloignés des zones de production céréalières faut-il continuer à faire des stabulations libre ? Quand le prix d’arrivée de la paille fluctue entre 120 et 130 Euros la tonne.

4-Le pâturage tournant :

Le pâturage tournant peut-être une des adaptations à envisager face au changement climatique. En effet, un seul point d’eau alimente plusieurs parcelles. De plus la ressource en herbe sera gérée de manière optimale et les refus seront limités. Des formations sur ce thème se font régulièrement par l’intermédiaire des chambres d’agriculture.

5-Optimiser ses ventes :

En cheptel allaitant, un système basé sur le fait de faire naître uniquement, pose un problème que dévoile le changement climatique. Les mères sont là et restent toute l’année. Si vous diminuez cet atelier naisseur et que, pour compléter, ce ne soit plus des mères à veaux mais des bêtes à vendre, ( engraissement de génisses, production de bourrets d’herbe, de vaches grasses … ) vous assouplirez le système. Car une année sèche, une partie des animaux présents sur l’exploitation la quitteront obligatoirement. Et suivant l’herbe ou les stocks disponibles, vous déciderez de la période de vente la plus propice. Ceci implique toutefois de bien calculer la marge brute qui sera réalisée/animal vendu. Car les charges d’alimentation pour un atelier d’engraissement peuvent être importantes si l’on doit acheter toute la marchandise.

6-Entretenir les parcelles :

Une parcelle fanable et qui plus est, à fort rendement sera un atout en cas de sécheresse. De même des prairies renouvelées régulièrement  repousseront plus vite.

Maintenir des haies permettra aussi de garder des zones d’ombre moins séchantes où l’herbe pourra être plus abondante. Ces haies donneront par ailleurs aux animaux l’occasion de se protéger du soleil aux moments les plus chauds de la journée.

Pour faire court :

En résumé, une exploitation autonome et bien entretenue sera une exploitation rentable y compris en  période plus compliquée comme l’est une sécheresse.

Trouver différents moyens de faire une plue-value sur les produits à vendre amènera un plus qui confortera financièrement l’exploitation en cas de crise. De même que diversifier les produits et les périodes de vente.

 

 

 

 

*IGP : Indication Géographique Protégée

*BIO : Produit issu de l’Agriculture Biologique

*AOC : Appellation  d’Origine Contrôlée

 

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